BOBO-DIOULASSO : UNE VILLE SANS SALLE DE CINEMA
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Bobo-Dioulasso est la seconde ville du Burkina Faso. Elle est située à l’ouest du pays, à 365 kilomètres de Ouagadougou, dans une région frontalière de la Côte d’Ivoire et du Mali. Première commune du pays, Bobo-Dioulasso a une superficie de 160 000 ha pour une population d’environ 600 000 habitants.
Important carrefour commercial et culturel de l’Afrique de l’ouest depuis le XVIIIème siècle, Bobo-Dioulasso ou Sya accueille une population cosmopolite, venue de tout le Burkina et des pays d’Afrique de l’ouest (principalement du Mali, de la Guinée, du Togo, du Bénin, du Ghana, du Niger, de la Côte d’Ivoire et du Nigeria). Cette interpénétration des communautés a façonné une identité et une citoyenneté bobolaises dépassant les ethnies. Bobo-Dioulasso est de ce fait une ville favorable aux rencontres multiculturelles et aux arts. Elle est d’ailleurs consacrée capitale culturelle du Burkina Faso avec l’attribution du siège permanent de la
Semaine Nationale de la Culture en 1990. En dehors de cette manifestation étatique, la ville, qui est également favorisée par un microclimat moyennement doux, accueille un nombre
important de festivals privés. Elle développe par ailleurs beaucoup d’initiatives culturelles qui en font une des principales destinations touristiques du Burkina Faso.
La petite histoire du cinéma à Bobo-Dioulasso
A l’époque coloniale : comme partout en Afrique, l’avènement du cinéma à Bobo-Dioulasso est lié au fait colonial. C’est ainsi qu’une entreprise française, la Société de distribution et d’exploitation cinématographique des États de l’Ouest Africain gérait le cinéma à Bobo-Dioulasso jusqu’en 1970. Son patrimoine comprenait principalement quatre salles : le ciné Éden, le ciné Normandie, le ciné Rex et le ciné Rio. Les trois premières salles étaient situées dans le quartier administratif et commercial du centre-ville. Les historiens relèvent que, pendant une certaine période de la colonisation, les indigènes en étaient exclus, du crépuscule à six heures trente le matin. Le ciné Rio, lui, était logé au sein du quartier africain de Koko .
Après la nationalisation des salles de cinéma en 1970, le ciné Éden fut rebaptisé ciné Houet, en hommage au marigot ; le Rex devint le ciné Sya, nom d’origine de la ville ; le ciné Normandie ferma ses portes ; quant au ciné Rio, il prit le nom de ciné Guimbi, du nom d’une princesse de la ville qui hébergea et protégea l’explorateur Binger durant son passage dans la région.
Les cinés Houet et Sya disposaient d’un confort relatif qui faisait d’elles des lieux de loisir prisés par la petite bourgeoisie bobolaise, après l’indépendance. Elles disposaient de trois compartiments :
•Le fond de la salle, appelée « Première classe », accoté à un snack-bar, disposait de fauteuils individuels munis d’accoudoirs. Elle était naturellement la plus chère et réservée aux catégories sociales supérieures.
•La « Seconde classe » comportait des bancs avec des dossiers : c’était celle des classes moyennes ;
•Enfin, juste devant l’écran, sur des gradins, les classes populaires se retrouvaient dans la « troisième classe». Cette foule exubérante, prompte aux exclamations et aux commentaires donnait à cet espace particulier le nom d’Indiana (prononcé en dioula Indien- na, « chez les Indiens » en référence aux cris de ceux-ci dans les films westerns).
Dans cette agglomération africaine s’ouvrant à la culture occidentale, le cinéma fut, pendant des générations, l’objet d’un grand engouement. Il contribua à façonner les esprits, à créer des habitudes et des comportements nouveaux qui influencèrent profondément les modes de vie traditionnels des populations bobolaises.
En 1990, l’ouverture du ciné Sanyon, première salle couverte de six cents places disposant de l’air conditionné, acheva d’installer la diffusion cinématographique de Bobo-Dioulasso dans la modernité.
A partir de 2003, la fermeture des salles de cinéma intervenue après la liquidation de la Sonacib épargna pour un temps le ciné Houet et le ciné Sanyon qui furent repris par l’AARPA. Aujourd’hui, les cinés Houet et Sya ont été vendus et transformés en magasins de vente de matériaux de construction et de cyclomoteurs. Le ciné Sanyon, racheté par la Caisse Nationale de sécurité Sociale, est une sorte de salle polyvalente. Ne disposant pas d’équipements de projection et de sonorisation, elle est pourtant louée au coût élevé de 250 000 francs CFA par jour (381 euros).
De la sorte, il n’existe plus à Bobo-Dioulasso une seule salle de cinéma ouverte .
Le cas du ciné Guimbi
La princesse Guimbi Ouattara est le personnage emblématique de l’histoire de Bobo-Dioulasso. Ainsi, en plus du ciné, elle donne son nom à une rue, une maternité et un lycée de la ville. Le ciné Guimbi, qui est situé sur l’avenue du même nom, appartient à une vieille famille de la ville, celle des Touré qui met l’espace en location à partir de 1956.
Dès son origine, le Guimbi a eu une vocation populaire favorisée par son emplacement dans le vieux quartier Koko. Relativement plus petit, il avait deux compartiments : le fameux « Indiana » et un fond de salle correspondant à la «deuxième classe » des cinés Houet et Sya. Derrière son écran se trouve le marché du quartier, ce qui a une certaine importance dans l’économie locale. « Le Guimbi » a fortement imprégné la morphologie des quartiers de la rive est du marigot Houet. Il est un lieu de mémoire dont l’évocation provoque de la nostalgie et du regret chez plusieurs générations de Bobolais pour qui ce cinéma est un espace particulier de leur adolescence et de leur jeunesse.
A l’arrêt des activités du ciné Guimbi en 2003, les équipements de la salle ont été démontés et vendus : il s’agit des projecteurs 35mm, des tôles du toit de la cabine de projection et, curieusement, des bancs en béton qui servaient de sièges à partir de 1975, qui furent cassés et emportés – on ne sait à quelle fin !
Le ciné Guimbi actuel se présente sous la forme d’une vaste cour rectangulaire de 903,57 m2 où seul le mur qui a servi d’écran et les murs d’enceinte restent debout. La devanture constituée d’un terrain en légère pente de 500 m2 est occupé par divers commerces ; il sert également d’espace communautaire dont la municipalité de Bobo-Dioulasso se sert pour des rencontres avec la population.
Les membres de la famille Touré, qui sont fortement sollicités par des spéculateurs fonciers, souhaiteraient que l’espace conserve sa destination première, par respect de la parole que leur défunt père avait prononcée lorsqu’il avait loué son terrain. Mais jusqu’à quand résisteront-ils aux pressions financières ?
En conclusion
Avec 600 000 habitants, la ville de Bobo-Dioulasso ne dispose pas d’une seule salle dédiée au cinéma. Il est donc temps de donner une dynamique nouvelle à la diffusion cinématographique dans cette ville, en l’inscrivant dans la logique des initiatives culturelles qui y foisonnent. Loin de céder à la nostalgie d’une époque révolue, la réouverture du ciné Guimbi s’inscrit dans une dynamique de promotion du cinéma en Afrique et dans celle d’une animation culturelle intégrée aux besoins de la ville de Bobo-Dioulasso.
Responsable du projet :
Berni GOLDBLAT, directeur des Films du Djabadjah
Boîte Postale: 415 Bobo-Dioulasso, Burkina Faso
Téléphones : +226 20 97 74 63 et +226 78 80 69 35
E-mail : djabadjahprod@yahoo.fr

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